L’HADOPI adoptée…lecture critique…

03 avril '09 par Remi D., dans Analyses / tribunes.

Nous vous avions prévenu, Digitalmeme.fr est un collectif où le consensus mou n’est pas le mode de fonctionnement. On aime le débat et la polémique et c’est cela qui anime notre volonté de réflexion au sujet du développement de l’écosystème de la création dans un environnement numérique.

Notre nouveau membre de Digitalmeme.fr Rémi Bouton s’est chargé ce matin d’acter dans une tribune très intéressante le vote de la loi HADOPI.

Je me permets donc de rebondir sur une sélection de plusieurs arguments développés dans cette tribune que je vous invite à lire dans un premier temps afin de lancer le débat au sein de notre blog et de notre collectif.

L’Hadopi et son principe de riposte graduée (2 avertissement avant coupure de l’accès Internet) vise à faire évoluer les comportements de millions d’internautes qui, éblouis par cet accès libre et gratuit à la musique ou au cinéma, ne se rendent pas compte que, privés de retour sur investissement, privés d’argent, ces secteurs sont en voie de paupérisation.”

Le peu de mobilisation du grand public au sujet d’HADOPI révèle qu’il est bien plus conscient des enjeux de soutenabilité de la création culturelle que ce que certains laissent entendre.

La dernière étude du DEPS sur les dépenses de consommation des ménages en biens et services culturels et télécommunications acte le transfert d’une parti conséquente des dépenses culturelles vers les dépenses de télécommunications. Néanmoins, il est un peu rapide de conclure à un éblouissement des internautes face à la gratuité. D’après l’étude du DEPS, ils ont maintenu leur niveau consommation de sortie en cinéma et ont augmenté leur consommation de spectacles de plus de 46.5%. Considérer les internautes comme des ravis de la crèche face à la gratuité est un raccourci facile. Ils agissent comme des consommateurs rationnels qui face à une innovation technologique réalloue leur structure de consommation. Que ces transferts ne suffisent pas à maintenir l’équilibre de la création culturelle est un autre problème et pose la question de la réactivité des industries culturelles face à l’évolution de leur marché.

L’argument de paupérisation du secteur manque d’éléments factuels solides. Je ne sais pas si tu as des chiffres ou des études à nous fournir sur le sujet. Si on parle des salariés de la culture, la dernière étude publié par le DEPS sur l’emploie salarié dans le secteur de la culture parcouru rapidement ce matin évoque plus un sous-emploi des entrants et une forte inégalité des salaires qu’une tendance à la paupérisation.

Cette loi devrait permettre d’assurer le développement rapide d’offres innovantes, de musique ou films, qui rémunèrent les ayants droit.”

Effectivement Rémi, le conditionnel est de rigueur pour cette assertion. On attend toujours les annonces de la part de l’industrie. Le succès et la pérennité d’un modèle de diffusion à la Deezer semble être plus dépendant des conditions tarifaires d’accès au catalogue des majors qu’à un report massif des usagers chassés du territoire du p2p comme le démontre les exemples américains.

Le succès public et financier d’Hulu.com aux USA démontre d’ailleurs que la co-existence d’une offre  « pirate » et d’une offre légale n’est pas incompatible.

“Que l’on parle de téléchargement à l’acte ou à l’abonnement, gratuit ou payant, la différence majeure entre l’offre légale et la copie “pirate”, c’est que la première respecte l’auteur, l’artiste, le producteur, quand l’autre les ignore.”

Cette hypothèse est vraie dans un modèle de diffusion physique protégé par le droit d’auteur et pour la frange des artistes financé par un tiers. Pour un artiste non inscrit à la SACEM ou autres sociétés de gestion de droit et dont la musique a été autoproduite, la copie pirate est un moyen de diffusion de son œuvre que lui seul est à même de définir comme respectueux ou non.

Sera-t-elle comprise par le public ? Oui, si il comprend pourquoi elle a été votée, si les offres de musique et de films sont attrayantes et concurrentielles et si l’Hadopi ne dérape pas.”

Cela fait beaucoup de « si » ;-)

Mieux comprendre pourquoi cette loi a été votée implique de s’intéresser au fonctionnement de l’économie culturelle et aux mécanismes de financement de la création et de la production. J’invite les opposés les plus ardents à cette loi à s’y intéresser de plus près.

Franchement Rémi, depuis 1999 et l’apparition de Napster, les personnes intéressés par ce sujet ont eu toutes l’occasion de comprendre les mécanismes de financement de la création et de la production artistique. Continuer à perpétuer l’idée que les opposants à HADOPI n’y comprennent rien est insultant. Néanmoins, l’opacité de ces industries en terme de reporting financier et mécanismes de répartition de droit empêche tout effort de documentation de l’impact du numérique sur les industries culturelles.

“Développer des offres attrayantes pour le public est plus complexe. Les tarifs doivent être concurrentiels et les catalogues accessibles dans leur exhaustivité.”

Par qui est engendré cette complexité depuis 10 ans, par le seul comportement du consommateur pirate, ou bien par les industriels et les ayants droits ? Jean-Samuel et Sylvie, membre de digitalmeme, qui ont beaucoup bossé sur le dossier des web-radios au niveau académique et opérationnel peuvent témoigner de l’inertie de l’ensemble des acteurs afin de favoriser l’émergence d’une offre attrayante pour le public.

“Il y a encore beaucoup de chemin à faire dans la baisse des coûts techniques également : Notamment, la bande passante mobile est encore beaucoup trop chère pour rendre attractive la VOD en mobilité, où même l’accès en stream à toutes ses musiques.”

commençons par développer une offre internet de VOD viable on verra ensuite pour la VOD en mobilité. Le modèle Hulu.com existe, il suffit de le reprendre.

“Que l’Hadopi ne dérape pas, c’est souhaitable, même si cette loi a, il est vrai, un côté usine à gaz qui peut inquiéter. La France est une république démocratique et nous avons de nombreuses institutions qui protègent nos libertés et notre vie privée.”

Un des seules institutions qui protègent en France la vie privée numérique c’est à dire la CNIL ne sera pas représentée au sein de la Haute Autorité.

“Avec deux types de critiques : Les uns disent ; on risque d’être accusés à tort, et les autres (les mêmes souvent), on pourra toujours continuer à transgresser en utilisant des moyens divers et variés. Finalement c’est juste comme dans la vraie vie : il y a des innocents accusés à tort et des coupables en puissance qui passent entre les gouttes Rien de nouveau sous le soleil.”

Cette affirmation constitue un sacré idéal politique et démontre à quel point il est aussi nécessaire de renouveler notre démocratie à l’ère du numérique.

“Ce sera à nos institutions de bien fonctionner et à la loi d’évoluer en fonction des usages. Jusqu’à preuve du contraire, Internet n’est pas un régime plus démocratique que notre démocratie.”

Quelles institutions ? HADOPI acte la fin de l’intervention d’un juge.

“Cette loi résoudra-t-elle tous les problèmes ? Non. Il y a de nombreux dossiers sur lesquels il serait nécessaire d’agir dans le domaine culturel. Durée des droits, utilisation du domaine public, régulation des revenus des artistes et comédiens, politiques publiques…”

Constat acide…HADOPI ne résoudra pas tous les problèmes de la création artistique dans un environnement numérique…sur ce point on est d’accord…néanmoins on peut s’interroger au vu de l’effort politique déployé par le gouvernement pour faire passer cette loi et en assumer les conséquences, aura-t-il le courage de s’attaquer aux autres dossiers bien plus cruciaux que tu cites ? HADOPI ne marque-t-elle pas la délégation des prérogatives culturelles de l’Etat aux seules industries ?

“De plus, alors que les industries high tech poursuivent leur croissance en surfant sur l’appétit du public pour les contenus, une réflexion sera nécessaire sur la manière dont ces derniers pourraient être en partie financés par les premières.”

nier que cette réflexion et des initiatives ne sont pas en cours est une contre vérité. La notion d’industrie high-tech est vague mais on peut noter qu’Orange à créer une filiale de coproduction cinématographique, SFR soutient de nombreux artistes à travers le live, Microsoft avec Guitar Hero à créé un nouveau canal de monétisation de la musique, et j’en passe…

“Et qui sait, alors que nous commençons à quitter un monde où l’abonnement au Net est payant et les contenus gratuits, si nous n’allons pas doucement vers un monde où l’abonnement sera gratuit et les contenus payants.”

et les ingénieurs télécom et les concepteurs de FreeBox feront passer une loi à l’assemblée pour que les industries culturelles identifient par quel réseau les internautes se sont connectés ;-)

D’autres débats en perspective.

Bienvenue à digitalmeme.fr Rémi !!! le débat continue ici sur tous ces sujets bien plus passionnants que l’HADOPI

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Une Réponse to “L’HADOPI adoptée…lecture critique…”

22.07.09#1

Commentaire par Christina Breu.

Bonjour à tous!

Ici votre homonyme japonais :)
L’ autre vie de Digital Meme se passe au Japon. Mais même ici on se consacre à la digitalisation… mais de vieux films muets japonais.

La mission de Digital Meme à Tokyo est d’utiliser des technologies du 21e siècle pour diffuser des biens culturels du Japon aux amateurs de films partout dans le monde!
Nous avons restauré et digitalisé de films muets avec une attention particulière afin de pouvoir les présenter à des auditoires d’une façon qui permet de recréer le plus possible la gloire de la période des films muets.

Jetez un coup d’oeil sur notre site Web, s’il vous plaît:
http://www.digital-meme.com/en/index.html

Enchanté!

Digital Meme, Tokyo

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